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Comment nait une ville ?


Si on vous demande comment est née Rome, vous répondrez très probablement une belle légende à base de réfugié troyen, de jumeaux lupophiles et fratricides. Cependant, en y réfléchissant un peu, il est facile de comprendre que l’histoire de Romulus et Rémus ne peut être qu’une légende. Et si l’on vous repose dans le foulée la question de la naissance de Rome, vous vous trouverez soudain un peu bête.


La véritable histoire est faite de villages étrusques, latins et sabins se fréquentant, se regroupant sur une assez longue période de temps, pour finir par s'organiser en une entité unique, qui tient probablement son nom d'une divinité locale de la fertilité liée aux figuiers... Elle est faite de doutes et d'incertitudes sur les faits, dépendantes que nous sommes des sources archéologiques.

La légende est plus simple, plus intéressante, plus épique… et pour les Romains de la fin de la République, début de l’Empire (époque à laquelle la légende s’est popularisée), bien plus fédératrice. Les légendes, les mythes sont souvent le ciment d’un identité locale ou nationale.

Or à Montpellier, on n’a pas vraiment de mythe fondateur. Pas vraiment, mais un peu quand même. On a un acte de naissance.

Montpellier est officiellement née le 26 novembre 985. Elle est donc Sagittaire 1er décan (même si je sais pas bien ce qu’on peut en déduire).

A cette époque, sur notre colline (oui, une colline qui culmine à 60 mètres au-dessus du niveau de la mer on a appelé ça un mont. QU'EST-CE QU'Y A ??), il y a juste un manse. C'est à dire une exploitation agricole, une grosse ferme (ça a donné plus tard les mots maison et, de part chez nous, mas).

Cette date est celle d’un document : l’acte de donation de Montpellier, par lequel le comte Bernard II de Melgueil et sa femme Sénégonde (j'aime les prénoms médiévaux) donnent en récompense de ses bons services à un chevalier du nom de Guilhem (ou Guy) ce manse qui deviendra Montpellier (appelée sur le document Montepestelario).

Guilhem, ce mystérieux chevalier solitaire, est donc le fondateur et premier seigneur de Montpellier, à l’origine de la dynastie des Guilhem qui règnera sur la ville jusqu’en 1204.

Il y a là une part de légendaire bien sûr, car Guilhem venait en fait d’une famille déjà puissante et ancienne, liée aux Carolingiens, et ce « don » fait probablement suite à des négociations dont nous ne connaissons pas la teneur, mais qui prenait place dans un jeu géopolitique local complexe. En terme de légende, on n’est pas au niveau de nos bambins romains.

Dans le Poitou, il y a une petite commune, Pougne-Hérisson, vraiment vraiment petite, qui a un jour décidé qu’elle était le nombril du monde, lieu de naissance de toutes les légendes de la Terre suite à un Big Bang mythologique. Le rapport ?

Eh bien, j’ai eu envie de faire un peu comme le grand Tite-Live, ou comme Pougne-Hérisson : accoucher d’un mythe fondateur pour Montpellier, dont découle tout un légendaire qui peut peupler la ville, chacune de ses pierres.

Avec pour ambition, une ambition tout-à-fait pas modeste du tout, que les gens jouent à y croire quand je leur raconte ce mythe, jouent à y croire aussi fort que moi, au point de raconter cette histoire à leur tour. Et si suffisamment de personnes la racontent suffisamment longtemps (en y mettant des détails, en plus, en moins, des variantes comme pour toute légende qui vaille), elle devienne… officielle pour ainsi dire.

Mon rêve est que quelqu’un qui n’a jamais fait de visite avec moi me dise : « ah oui, Montpellier, la ville de Saunia la Fille du Rêve ! »

C’est le cœur de tout le projet Taliesin : faire de la maïeutique d’histoires, à partir de ce mythe fondateur de Saunia, fille de Guilhem, qui raconte inlassablement des histoires à Arquinel, le Drac de cauchemar qui dort sous le Peyrou, pour que jamais il ne se réveille.

C’est comme ça que je suis devenu Arconteur, un conteur arpentant les rues (et je ne remercierai jamais assez M. Alexandre Dulac d’avoir inventé ce mot), faisant visiter et découvrir Montpellier par ses légendes. Et le plus beau compliment que je puisse recevoir après une visite est qu’on me dise « maintenant, j’aime vraiment cet endroit » !

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