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L'opéra à Montpellier, ou l'art de brûler les planches.

Dernière mise à jour : 8 mars 2023

Voici l'Opéra Comédie de Montpellier. Classe, hein ?

Chez nous, on a la fibre artistique et on a très vite voulu tester l'opéra, inventé au tout début du XVIIe en Italie, importé par Mazarin en France en 1645.

Le premier opéra de Montpellier à été joué à l'hôtel de Ricard (c'est en bas de la rue Saint-Guilhem) en 1678.

Mais vous serez sans doute d'accord, faire jouer de l'opéra dans son salon, c'est pas pratique et on est vite un peu serrés... surtout qu'avoir une cantatrice qui vous chante dessus à bout portant, y a de quoi perdre l'ouïe...

Du coup, on s'est rapidement dit qu'un lieu dédié, ce serait pas mal. En 1752, le duc de Richelieu, gouverneur du Languedoc, ordonne la construction d'une grande salle de spectacle sur la place... qui ne s'appelle pas encore la Comédie, mais vous voyez le bail.

L'opéra est inauguré le 21 décembre 1755 par une représentation de Pyrame et Thisbé (c'est comme Roméo et Juliette, mais version mythologique).

Seulement... vous savez... à Montpellier... on est pas très soigneux. On s'agite, on s'énerve et on a vite fait de cramer des trucs.

Par exemple, en 1778, en période de carnaval, la foule en délire commence une émeute dans le théâtre parce que... iels exigeaient qu'on change le programme du jour. Résultat, le gouverneur s'énerve, la foule commence à tout casser, le gouverneur court jusqu'à la citadelle (l'actuel lycée Joffre) chercher des grenadiers qui arrivent évacuer la foule en les menaçant de coups de sabre. On s'amuse, quoi.

Résultat, à force de s'amuser, dans la nuit du 17 au 18 décembre 1785, un incendie fait subir de gros dégâts à l'opéra...

Mais rassurez-vous ça ! Il tient debout. Y a des travaux à faire, mais ça va. 3 ans plus tard, il est tout neuf.

Mais vous savez c'que c'est, on s'agite, on s'amuse... et un an après... l'opéra brûle de nouveau.

Mais rassurez-vous... TOUT VA BIEN ! Ça tient encore, y a des travaux, et on remet (encore) l'opéra à neuf.

On explique bien à tout le monde de pas jouer avec des allumettes pendant les représentations, et tout va bien.

Pendant un peu moins d'un siècle.

Parce que bon, vous savez comment ça s'passe, on rigole entre copains, on s'excite un peu... et dans la nuit du 5 au 6 avril 1881, l'opéra brûle. Encore. De nouveau.

Cette fois, ça va pas du tout. L'opéra est détruit, rasé, foutu, plus rien à en tirer. Mais c'est qu'on aime le spectacle, nous, et on veut notre opéra ! Surtout que, autant c'est vite fait d'expliquer le nom "place de la Comédie" aux touristes avec un beau bâtiment au bout pour illustrer, autant c'est plus compliqué quand on a que des ruines fumantes à montrer. Ou alors on renomme l'endroit "place du barbecue", mais c'est moins vendeur.

Donc, on relance un projet d'opéra et cette fois, on voit GRAND.

D'abord, comme on sait que ça va prendre du temps, on commence par fabriquer un opéra provisoire en bois (on a pas peur) sur l'Esplanade, là ou de nos jours se tient le Pavillon Populaire.

Puis on lance un appel à projet pour un nouvel opéra.

Le gagnant est Joseph-Marie Cassien-Bassard, élève du célèbre Charles Garnier (oui, celui de l'opéra Garnier de Paris). Pour faire de la place, on rase carrément une rue et en 1888 , le 1er octobre, on inaugure l'actuel opéra Comédie. Ce qui fait que quand même, y a comme un cousinage architectural entre les deux.

Et celui-là, ça va, ON A RÉUSSI A JAMAIS LE BRULER !

A force de destructions, certains ont fini par se demander s'il n'y avait pas là une malédiction, comme un Belphégore version pyromane. Et le conteur en moi a la fibre imaginaire titillée par une histoire de ce genre.

Mais la vérité, c'est qu'on est juste des bourrins.


PS : vous vous souvenez de l'opéra provisoire en bois sur l'Esplanade ? Après l'inauguration de l'Opéra-Comédie, on ne savait plus trop quoi en faire. D'autant que tout le monde trouvait que c'était une merveille de confort, d’acoustique, d'esthétique.

Heureusement les débats n'ont pas duré... car vous savez c'que c'est... on rigole, on chahute... et dans la nuit du 5 au 6 avril 1889...

Il a cramé.

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